France – Quel avenir pour les professionnels de l’expertise comptable ?

Rédigé par: compta-online.com - Sandra Schmidt

Les évolutions législatives et du numérique, l'attractivité de la profession sont autant de sujets qui préoccupent les jeunes professionnels comme les plus anciens.

La facturation électronique obligatoire dans toutes les entreprises en 2020 entraînera l’automatisation des écritures comptables correspondantes et ce n’est pas la seule évolution prévisible.

Des pratiques actuelles aux perspectives d’évolution, quel sera l’avenir des professionnels du chiffre dans les prochaines années ?

Les Estivales 2017 de l’ANECS et du CJEC sont un moment de rencontres entre experts-comptables stagiaires, jeunes diplômés et experts-comptables installés depuis moins de cinq ans. Un moment pour se former, s’informer et débattre.

Elles ont eu lieu les 30 juin et 1er juillet 2017, au chalet de la porte jaune, à Vincennes et se sont articulées autour de conférences plénières et d’ateliers.

Les sujets des conférences plénières étaient les jeunes professionnels et le numérique, l’interprofessionnalité et l’avenir de la profession, vue par les élus. S’y sont ajoutés de nombreux ateliers.

Les jeunes professionnels : aussi à l’aise qu’on le pense avec le numérique ?

Cette première conférence présente les résultats du baromètre « les jeunes professionnels et le digital » lancé par l’ANECS, le CJEC et le magazine « La Profession Comptable ».

Si l’immense majorité des jeunes professionnels (plus de 70%) considère que les nouvelles technologies sont indispensables, tous ne sont pas d’accord sur les fonctionnalités à utiliser.

L’utilisation des nouvelles technologies sur les missions n’est pas toujours quotidienne même si de plus en plus de cabinets sont équipés.

A titre d’exemple, le scan des factures fournisseurs est loin d’être en place partout et seulement 11% des jeunes professionnels déclarent l’avoir mis en place chez tous leurs clients. La plateforme collaborative n’équipe que 50% des cabinets interrogés et un tiers des répondants considère que c’est au client de s’adapter aux outils du cabinet et non l’inverse.

Des réponses qui tranchent quelque peu avec l’image que l’on se fait des jeunes de moins de 35 ans, hyperconnectés et très à l’aise avec les outils du numérique, même si ces derniers se tournent plus facilement vers ces outils que leurs aînés.

La facturation électronique obligatoire sera probablement une opportunité pour amener le maximum de clients vers la digitalisation des process, y compris les plus anciens d’entre eux. Une seule certitude : l’expert-comptable doit précéder ses clients dans l’utilisation de ces outils pour pouvoir l’accompagner. Il sera d’autant plus crédible qu’il aura réussi sa propre transition.

A l’international, le numérique a renforcé la spécialisation et de nombreux professionnels se sont tournés vers la notion de DAF à temps partagé.

L’avenir des professionnels du chiffre : la plénière de clôture

De nombreux sujets ont été abordés lors de ces estivales 2017 et parmi ces sujets, il en est qui sont particulièrement chers aux professionnels du chiffre. Nous nous limiterons à trois thématiques.

Favoriser l’expertise comptable par le développement des entités qui ont un commissaire aux comptes

En France, les seuils de nomination des commissaires aux comptes sont beaucoup plus bas que ceux des autres pays européens.

Pour autant, un relèvement des seuils ne semble pas devoir se concrétiser demain. Jean Bouquot, président de la CNCC, rappelle à ce titre que « les commissaires aux comptes bénéficient du soutien à la fois de leur ministre de tutelle, la chancellerie et du régulateur le H3C qui considèrent que le maillage actuel est une bonne chose ».

Les experts-comptables ont également besoin des commissaires aux comptes pour favoriser leur développement. « Plus il y aura d’entités avec un commissaire aux comptes et plus on favorisera le développement de l’expertise comptable et non l’inverse » précise Charles-René Tandé, président du CSOEC.

Peut-on agir sur les salaires ou la charge de travail pour favoriser l’attractivité des cabinets ?

La question est posée par Cyril Reclus, président de l’ANECS et la réponse des deux présidents est sans équivoque. Le salaire et la charge de travail sont des notions très individuelles. D’un côté, on a un chef d’entreprise qui fixe la rémunération, rémunération qui est aussi fonction des tarifs pratiqués par les cabinets. De l’autre côté, c’est un collaborateur qui a aussi sa part de responsabilité lorsqu’il ne sait pas s’organiser. Explications.

Pour Jean Bouquot, il y a de nombreux éléments qui font que les salaires n’augmentent pas en cabinet ou sont ce qu’ils sont. Et les appels d’offres des grandes entreprises dont le but est de casser les prix sur les prestations des commissaires aux comptes n’y sont pas étrangers. Les cabinets auront la possibilité d’augmenter les salaires lorsqu’ils auront « du grain à moudre », de nouvelles missions avec des tarifs suffisamment intéressants pour augmenter leurs marges.

Pour Charles René Tandé, la charge de travail est aussi parfois celle que l’on accepte. Ainsi, « certains jeunes préfèrent passer eux-mêmes les écritures comptables plutôt que d’utiliser les outils de dématérialisation ». Cette affirmation peut surprendre et pourtant, cette attitude qui peut être courante dans certains cabinets ne permet pas vraiment de gagner du temps et donc de diminuer la charge de travail.

De la même manière, être paresseux ne consiste pas à ne rien faire. Il s’agit de « toujours réfléchir à la manière de s’organiser pour réaliser son travail dans les meilleures conditions ». Cette attitude permet de diminuer sa charge de travail grâce à une meilleure organisation personnelle et au sein du cabinet et grâce à la délégation des tâches qui peuvent être réalisées plus vite et plus facilement par d’autres.

Enfin, avec des missions à plus forte valeur ajoutée, qui ont une vraie valeur aux yeux des clients, les salaires seront aussi plus élevés.

La spécialisation est-elle une solution ?

« La spécialisation doit permettre de renforcer la présence des experts-comptables sur les missions à forte valeur ajoutée ». « Plus on communiquera sur le fait que les experts-comptables sont des sachants dans tel ou tel domaine, plus le marché fera appel à eux et plus les missions se développeront » estime Charles René Tandé.

« Dans le Conseil, il y a deux niveaux ». Il y a le Conseil courant que les experts-comptables font déjà « plutôt bien dans l’ensemble mais pas valorisé parce que cela rentre dans le forfait d’une mission plus traditionnelle ». Il y a aussi le Conseil plus spécialisé comme l’évaluation des entreprises et des préjudices par exemple.

Pour Charles René Tandé, la plupart des experts-comptables sont capables de reprendre le barème de l’administration fiscale et de multiplier le chiffre d’affaires par un pourcentage. Ils n’en deviennent pas pour autant de vrais évaluateurs.

La spécialisation ou plutôt « spécialité » devra se traduire par une liste de compétences reconnues, appuyées soit par un master universitaire par exemple, soit par une expérience professionnelle conséquente et vérifiable par la validation des acquis.

« La spécialisation ne sera pas une liste de spécialistes inscrits au tableau sur une liste particulière ».

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