Apprentissage, formation : le succès de la Suisse et du Danemark

Rédigé par: Le Figaro.fr - Clémentine Maligorne

LE SCAN ÉCO - La ministre du Travail vient de passer deux jours en Suisse et au Danemark, avec une délégation de représentants syndicaux. L'objectif : voir ce qui se fait chez nos voisins en termes d'apprentissage et de formation professionnelle avant de lancer en France la réforme qui doit être votée au printemps 2018.

L’apprentissage et la formation professionnelle (avec l’assurance-chômage), sont les trois prochains chantiers auxquels va s’atteler le gouvernement. Alors que la feuille de route se précise, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud vient de passer deux jours en Suisse, puis au Danemark pour un voyage d’étude avec une délégation de représentants syndicaux et régionaux. Il s’agit de «visites de terrain» sur «les thèmes de l’apprentissage et de la formation professionnelle», précise son agenda. Pourquoi la ministre du Travail s’intéresse-t-elle à la Suisse et au Danemark?

La Suisse, un modèle pour l’apprentissage

«La Suisse intéresse nos dirigeants, car c’est quasiment le plein-emploi chez les 15-24 ans» explique au Figaro François Garçon, enseignant-chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteur de «Formation: l’autre miracle suisse»*. En effet, en Suisse, deux lycéens sur trois se tournent vers l’apprentissage et 40% des entreprises embauchent des apprentis. Résultat: le chômage des jeunes y est trois fois moins élevé qu’en France.

L’apprentissage est profondément ancré dans la culture suisse, allemande ou autrichienne. Les cursus y sont nettement plus valorisés qu’en France. Chez nos voisins helvétiques, l’ «apprentissage se fait dès la sortie de la 3e, dès 15 ans. Dans tous les secteurs, de la charpenterie à la banque. Et dans les PME autant que dans les grandes entreprises. C’est autant valorisé que la filière classique», explique François Garçon. Pour preuve, ces exemples d’ex-apprentis qui sont arrivés à des sommets, comme le patron de la banque suisse UBS, Sergio Ermotti, a quitté l’école à quinze ans et a commencé sa carrière en tant qu’apprenti. Ou encore, en Allemagne, l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schröder.

…mais difficilement «exportable»

Ce modèle est-il exportable chez nous? François Garçon n’y croit pas: «Il faudrait d’abord commencer par changer les mentalités.» Les chiffres sont sévères. Les gouvernements ont beau se succéder et les réformes se multiplier, le constat reste le même: l’apprentissage en France ne décolle pas franchement, même si la voie de l’alternance a connu un léger regain en 2016. Le nombre d’apprentis stagne en France depuis 2014, avec moins de 300.000 nouveaux inscrits par an. «Au total, on recense quelque 400.000 apprentis, ce qui représente 7 % des jeunes âgés de 16 à 25 ans. C’est deux fois moins qu’en Allemagne et en Suisse», déplore- t-on au ministère du Travail.

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Quels sont les freins? «L’Éducation nationale est le premier verrou» expliquait récemment au Figaro Bertrand Martinot, délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle sous Nicolas Sarkozy. Selon lui, «le collège oriente 70 % des jeunes qui se destinent à la voie professionnelle vers les lycées «pro», alors qu’ils pourraient aller dans des CFA. Pourtant, les jeunes qui sortent d’un CFA sont bien mieux intégrés sur le marché du travail.» Il estime aussi qu’il faudrait «davantage associer les entreprises».

Le Danemark favorise la formation continue

Muriel Pénicaud et sa délégation se sont rendus vendredi au Danemark, pays de la «flexisécurité», ce principe qui combine flexibilité pour les employeurs et sécurité pour les salariés. Une place importante est donnée à la formation professionnelle continue, considérée comme un outil d’adaptation et de réactivité au changement. Pour les salariés, les formations sont dispensées pendant les heures de travail. Le financement est assuré par le Ministère du Travail, ainsi que par les entreprises et les salariés.

L’OCDE classe le Danemark en tête des pays formateurs. Ainsi, près de deux adultes danois sur trois (66%), âgés de 25 à 64 ans, ont participé à une formation (tous types confondus) dans l’année. La proportion est identique en Suède ou en Finlande. En France, c’est deux fois moins.

…bien plus que la France

En France, le système ne favorise pas la formation des personnes des moins qualifiées. En effet, ce sont les individus les plus qualifiés, travaillant généralement dans un grand groupe, qui en sont les premiers bénéficiaires, alors qu’ils en ont le moins besoin. En moyenne, 68 % des cadres suivent une formation chaque année, contre 37 % des ouvriers. Autre difficulté: une formation de qualité qui répond à des besoins spécifiques est un véritable casse-tête.

Pour Mathilde Lemoine, professeur à Sciences Po et membre du Haut Conseil des finances publiques (HCFP), «à l’heure où les métiers évoluent extrêmement vite», les formations professionnelles doivent davantage orienter «vers des compétences», et non plus des métiers, expliquait-elle dans un interview au Figaro . Selon elle, «le gouvernement doit inciter les employeurs à laisser leurs salariés se former dans des domaines qui ne serviront pas immédiatement à l’entreprise» et «les personnes doivent toujours être accompagnées».

Au Danemark, le système semble porter ses fruits. Le taux de chômage des Danois est l’un des plus faibles d’Europe, selon l’OCDE.

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